Changement climatique : quelles stratégies d'adaptation pour les acteurs du transport ?

Table ronde du 24 juin 2026
1 juillet 2026 par
Changement climatique : quelles stratégies d'adaptation pour les acteurs du transport ?
Service Communication

Dans le cadre de "l'Evénement annuel des Chargeurs", le 24 juin dernier, l'AUTF a organisé une table ronde autour de la thématique Changement climatique : quelles stratégies d’adaptation pour les acteurs du transport ? 

L’ambition de cette conférence était de croiser les regards entre acteurs de la chaîne logistique afin de mieux comprendre les défis liés à l’adaptation au changement climatique, de s'inspirer des stratégies développées par chacun et d'identifier les actions mises en place.

Retrouvez ci après quelques points saillants des échanges entre 

Madame Sandrine BERTHET - Déléguée à la transition écologique auprès du Directeur général des entreprises  - Ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique
Monsieur Matthieu CHABANEL - Président Directeur Général - SNCF Réseau
Madame Cécile BRAY - Directrice des Programmes Climat et Environnement - Geodis
Monsieur Huu-An PHAM - Directeur et Senior Advisor - AXA Climate
Monsieur Jean-Frédéric LAURENT - Délégué général - Union des Ports de France
Monsieur Simon LALLEMENT - Directeur Transport - Carrefour France

La table ronde en quelques extraits

Les événements considérés jusqu'ici comme exceptionnels (crues centennales, canicules à période de retour de 500 ans...) se rapprochent dans le temps, et le dérèglement climatique produit des successions de phénomènes extrêmes sur un même territoire plutôt que des accidents isolés. On invoque la notion de « polycrise » pour décrire ce phénomène.

La logistique est un secteur particulièrement exposé, non pas nécessairement plus qu'un autre, mais du fait de la conjonction de plusieurs vulnérabilités : dépendance aux réseaux numériques et énergétiques, fonctionnement en flux tendus depuis une trentaine d'années, et surtout démultiplication du risque, liée au nombre de fournisseurs et de maillons dans la chaîne.

Contrairement à la décarbonation, projet plutôt « ponctuel » et concentré sur quelques directions, l'adaptation au changement climatique est un chantier permanent qui implique transversalement toutes les fonctions de l'entreprise (RH, maintenance, production, finance) et doit être porté au niveau du conseil d'administration.

On distingue trois notions :

  • l'exposition (la probabilité d'être touché par un aléa),
  • la vulnérabilité (la capacité réelle à en subir un impact opérationnel, qui dépend du bâti, de l'organisation, des équipements),
  • l'impact qui en résulte.

L'adaptation consiste à agir sur l'un de ces leviers, en complément de l'atténuation (réduction des émissions), qui demeure indispensable et ne doit pas être négligée au profit de l'adaptation.

Adaptation et enjeu de priorisation

L’adaptation impose une hiérarchisation selon la valeur économique, l'exposition et le niveau de risque acceptable défini par la gouvernance de l’entreprise (il ne s'agit pas de protéger tous les sites d’activité de façon uniforme) : certains sites pouvant «s'accommoder » d'un aléa (quelques centimètres d'eau, par exemple) quand d'autres, considérés comme points uniques de défaillance, doivent être protégés en priorité.

Des outils de diagnostic existent à tous les niveaux de budget, du dispositif ADEME à jusqu'à des études plus poussées.

Gouvernance et dimension territoriale

Une entreprise ne s'adapte jamais seule. Elle dépend du territoire (écoles, routes, réseaux énergétiques…), des autres entreprises voisines (avec un exemple de « mal-adaptation » où deux sites voisins auraient pu entrer en concurrence pour une ressource en eau limitée) et de sa propre chaîne d'approvisionnement/ d’activité.

Quelques citations parmi d'autres

  • SNCF Réseau distingue trois niveaux de réponse : l'exploitation au quotidien, (ex - croisement de données météo et de capteurs pour anticiper les interventions), le renouvellement du réseau vieillissant (les composants récents résistant mieux aux fortes chaleurs, avec une trajectoire d'investissement portée à 4 milliards d'euros par an à partir de 2028), et la conception de nouvelles infrastructures dimensionnées pour le climat de 2100 (ex - la future ligne Montpellier-Béziers).
  • Union des Ports de France évoque trois exemples de vulnérabilités liées à l'eau : la réduction du gabarit des navires (ex - canal de Panama faute d'eau suffisante), l'arrêt du dragage en cas de dégradation de la qualité de l'eau (impactant l'accueil des navires), et l'arrêt de la pêche par manque de ressource halieutique, avec des effets en cascade sur toute la filière.
  • Geodis a structuré sa démarche autour d'un diagnostic d'exposition de ses sites (plus de 40 % exposés de façon forte ou extrême d'ici 2030), suivi de visites terrain ciblées sur les sites les plus stratégiques et les plus exposés, avec formation interne des équipes plutôt que recours systématique à des consultants externes.
  • Carrefour  développe une logique d'entrepôts « miroirs » permettant de transférer l'activité d'un site à un autre, en cas de blocage (schémas de délestage), améliore ses prévisions à court terme par l'intégration de données météo et travaille sur l'interopérabilité des systèmes d'information avec fournisseurs et transporteurs. Côté opportunités, l'entreprise envisage d'équiper son maillage de 70 sites en France de bornes de recharge électrique, pour ses transporteurs mais aussi pour des tiers.

L’adaptation ouvre des opportunités. Quelques exemples cités

  • Accélération générale de la transformation de l'entreprise,
  • Développement de l’attractivité employeur (mesures de protection des salariés..),
  • De nouveaux marchés émergent pour les solutions d'adaptation (avec un enjeu de souveraineté, une mission étant lancée par Bercy sur le bâtiment et l'industrie)
  • Renforcement des partenariats territoriaux et les corridors logistiques résilients

Bonnes pratiques. Quelques exemples cités

  • Internaliser progressivement la compétence plutôt que de dépendre indéfiniment du conseil externe ;
  • Nommer un responsable clairement identifié siégeant au niveau de la direction générale 
  • Décloisonner les fonctions de l'entreprise, l'adaptation nécessitant un travail transdisciplinaire ;
  • Engager une véritable transformation culturelle du rapport au risque, en portant une attention particulière aux signaux faibles (plaintes de collaborateurs liées à la chaleur, petits incidents) qui annoncent des signaux plus forts à venir.


La table ronde était animée par madame Caroline Quesnay.





Service Communication 01 juillet 2026
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